Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

Dimanche 12 Février 2017

Culte à GAP(05000)


Lectures du jour :

Deutéronome 30, 15-20,

1 Cor. 2, 06-10,

Matthieu 5, 17-37





Quel choix, pour quelle vie ?


Deutéronome 30 ! Encore un texte, court, à côté duquel on ne peut pas passer sans s’arrêter : j’ai mis devant toi, la vie et la mort, choisis la vie !

On doit s’arrêter sur ce texte car il est au fondement de notre foi, il dit qui est le Dieu auquel nous croyons, un Dieu qui nous laisse le choix, un Dieu qui veut que nous vivions.

Et toute la question est de savoir ce qu’il y a exactement derrière ces 2 mots : choisir, quel choix, la vie quelle vie ?

Si nous pouvons répondre à ces 2 questions, alors nous serons (peut-être) un peu plus au clair dans notre relation à Dieu.

En ce Deut.30, le peuple hébreu se trouve devant une page blanche, et même une double page :

Depuis qu’il a traversé la mer rouge, le peuple a été durant ces 40 années, sous la dépendance totale de Dieu, guidé[1] par Moïse et son frère Aaron. Ils ont appris à vivre de ce que Dieu donne. Avec Lui, ils ont traversé des épreuves et vécu des temps de fête, des orages, des ruptures et des réconciliations. Malgré toutes ces épreuves, malgré le désert, jamais la fidélité de Dieu ne leur a fait défaut.

Aujourd’hui, ils sont arrivés au terme. Devant eux s’étend la terre promise, et c’est l’angoisse qui survient : que vont-ils faire, que vont-ils en faire, vont-ils se croire « arrivés », se mettre à penser qu’ils sont là grâce à eux, oublier Dieu, la Loi, se livrer à eux-mêmes, sans guide pour leur montrer le bon chemin puisque Moïse va mourir, et qu’Aaron est déjà mort[2] ?

C’est alors que Moïse, avant de bénir une à une les 12 tribus, va leur redire l’alliance[3], le projet de Dieu, qui leur donne ce simple commandement : restez à mon écoute, écoutez ma voix (30,2) et toutes vos actions seront bénies. Et Dieu ajoute :

Vois, je mets aujourd'hui devant toi la vie et la mort, le bien et le mal, choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité,


Mais quel choix avons-nous ?

La Société nous dit que de toutes façons notre avenir est conditionné  par notre niveau d’éducation, par nos diplômes, par les écoles que nous avons fréquentées, la profession de nos parents, 

Certains théologiens nous disent que nous croyons choisir, mais que notre itinéraire, notre « destinée » est déjà toute tracée, par ce Dieu Éternel omniscient,

Les athées nous disent que nos choix sont déterminés par les choix fait par d’autres, ailleurs, que notre vie n’est qu’une succession de concours de circonstances sans sens particulier, régis par le seul principe de causalité.

On peut voir notre itinéraire terrestre ainsi : une multitude de choix qui s’enchaînent : Si le 03/04/71 j’avais choisi A plutôt que B et le 24/03/83 choisi C plutôt que D, serais-je avec vous ce matin ?


Est-ce bien de cela qu’il s’agit ?

En Deut. 30,16, Dieu redit au peuple : Je te prescris aujourd'hui d'aimer l'Éternel, ton Dieu, de suivre ses chemins.

Ceux qui ont l’habitude de faire des randonnées, savent que les chemins sont balisés. Rouge et blanc, jaune, bleu parfois, sur le même chemin. Alors il n’est pas question, à chaque carrefour de se demander quelle couleur choisir, une fois le rouge et blanc, une fois le jaune, une fois le bleu, c’est le meilleur moyen de se retrouver un jour dans une impasse, ou pire, de déboucher sur un rond point d'où il n’y a pas de sortie.

Ce clin d’œil à Raymond Devos, pour dire que notre vie est au risque, par des erreurs de balisage, de vite tourner en boucle, de perdre tout « sens », c’est-à-dire de ne plus avoir ni direction, ni signification.

Une seule consigne, donc, pour le marcheur : rester fidèle à la couleur choisie.

Mais il y a souvent du brouillard nous empêchant de voir les balises, rendant le sens de nos vies illisible. Sur qui compter pour avancer ? Comment s’appuyer sur un Dieu absent? Comment ne pas retomber dans nos veaux d’or contemporains pour compenser cette absence ?


La Loi ou/et la Grâce ?

C’est ici qu’il faut revenir sur la Loi, puisque dans notre texte de Matthieu, Jésus parle de la Loi : Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir… jusqu’à ce tout soit arrivé.

La Loi : En y regardant bien, la Loi, et ses 10 commandements, a une portée universelle, toutes les communautés humaines ont publié des codes, des constitutions, qui en reprennent l’essentiel, y compris notre Code Civil. Mais considérée dans sa lettre, la Loi ne sera qu’un minimum syndical du vivre ensemble qui ne garantit pas contre les dérapages auxquels les hommes sont enclins trop souvent.


Au-delà de la lettre, il y a l’esprit de la Loi :

La Loi n’a pas été donnée comme un moyen de salut, un moyen de se sauver. Son but était de révéler aux hommes leur péché, c’est-à-dire leur incapacité à la respecter, générant leur éloignement de Dieu[4], afin de les conduire à revenir vers Lui, pour qu’ils obtiennent de Lui, leur salut par sa grâce.

Ce que les scribes et les pharisiens n’avaient pas compris. Ils voyaient en la Loi, un juge de leur comportement, c’est pourquoi ils s’épuisaient dans une lutte dérisoire, à vouloir être toujours plus purs, plus parfaits.

Alors, pour être sûr que nous ayons bien compris, Jésus insiste, par cette anaphore, tout au long de ces 18 versets : on vous a dit que, mais moi je vous dis que, poussant les commandements à leur excès, pour bien nous montrer qu’il sont inaccessibles aux hommes ordinaires que nous sommes et que seule la grâce, le don de sa vie sur la croix peut nous libérer de la culpabilité de ne pas les respecter.

Et Jésus nous donne en prime le 11° commandement, la règle d’or, le principe de réciprocité. (Matt. 7/12)[5] : dans lequel, est-ce un détail, il dit fais, alors que le décalogue dit ne fais pas.

La Loi n’est plus un juge implacable, elle devient un guide, pour nous montrer un chemin. Ce n’est donc pas la Loi ou la Grâce, mais la Loi de Moïse au regard de la Grâce par Jésus-Christ.

Jésus nous dit Fais : Revenons sur ce mot commandement, le commandement est un ordre, mais aussi un mandement, dans cette langue fleurie de Castellion, contemporain d’Henri IV. En nous donnant le décalogue, Dieu nous mande, nous envoie, son ordre est un ordre de mission, c’est pour cela qu’il parle, au sens propre, de suivre ses chemins.

Lorsque Dieu nous dit choisi la vie, c’est donc un choix en amont, avant de prendre la route : il nous dit : choisis quelle vie tu veux vivre, avec moi ou sans moi, avec mon Fils ou sans Lui. Choisis quelles balises tu veux suivre.

Mais pour ne pas te perdre, il faudra m’écouter[6]

La prière qui réunit tous les chrétiens commence par Notre Père. La prière qui réunit tous les juifs, le Cheema Israël commence par : Ecoute Israël ![7]

Comme l’écrit D. Bonhoeffer, l'amour de Dieu commence par l'écoute de sa parole, de même, le commencement de l'amour pour le frère consiste à apprendre à l'écouter ... les chrétiens oublient trop souvent qu'écouter peut être un service bien plus grand que de parler.

Dieu n’a pas besoin des bavards que nous sommes, il a besoin de témoins qui se mettent en route.

Rappelons-nous que le chapitre 5 de Matthieu s’ouvre par les Béatitudes, qui commencent par Heureux ou Bienheureux, dans nos traductions, alors que les Béatitudes d’André Chouraqui commencent par En marche ![8],

Ce matin, c’est cette idée d’envoi, de mouvement, de mise en route que nous devons retenir : En marche pour notre terre promise, le Royaume de Dieu, qui commence au coin de la rue, et le Seigneur nous dit : je vous comblerai de bienfaits, je vous bénirai lorsque vous prendrez possession de ce pays (30/16).


Jacob

Et pour conclure je voudrais vous parler d’un autre marcheur, Jacob, qui, tenaillé par le remord, dans un mouvement de repentance, se mit en marche sur un chemin de réconciliation avec son frère.

Arrivé au gué de Yabbok, il doit se battre contre un ange. A la fin du combat, dont il sort victorieux, il agrippe son adversaire et lui dit : je ne te lâcherai pas tant que tu ne m’auras pas béni ;

« Seigneur, ce matin tu nous dis de nous remettre en marche, empêche nous de nous installer, montre nous les balises et bénis nous sur les chemins où tu veux nous conduire ».


Amen !


François PUJOL


[1] Géographiquement et spirituellement

[2] Au Mont Hor, en Jordanie, près du site de Pétra

[3] Deut.29/13-15 : cette alliance engagera tous les lecteurs/auditeurs du Deutéronome, génération après génération.

[4] Le péché n’a donc rien à voir avec une quelconque faute morale

[5] Tout ce que tu veux que les hommes fassent pour toi, fais-le de même pour eux, car c'est la loi et les prophètes.

[6] Le chapitre 30 contient 4 fois l’expression « obéir à sa voix »

[7] Deut. 6,4-9

[8] Voir méditation du 29 janvier