Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Déclaration de foi de l'Église Réformée de France

(David Mitrani[1]-Wikipedia)


Dans la tradition « réformée » du protestantisme, on ne se distingue pas par le nom d'un fondateur, fût-il Jean Calvin, mais par un texte « symbolique » : confession de foi ou catéchisme. Les Églises réformées en France, après la période des persécutions, ont adopté une Déclaration de foi dont on trouvera ici le texte.

Historique

L'Église réformée de France a reçu de Jean Calvin et adopté, après modification, une première confession de foi, lors de son premier Synode national, tenu à Paris en 1559. Appelée Confessio gallicana, elle fut ratifiée à nouveau au VIIe Synode national tenu à La Rochelle en 1571 en commun avec les Églises du Béarn et de Genève. On l'appelle couramment, depuis, Confession de La Rochelle.

Les Articles organiques de 1802 ne donnaient pas de confession de foi aux cultes non catholiques qu'ils reconnaissaient. Ce fut le grand sujet de division lors du XXXe Synode général de 1872, où seule la majorité adopta une Déclaration de foi imposée à ses ministres qui devaient « déclarer qu'il[s] adhère[nt] à la foi de l'Église, telle qu'elle est constatée par le Synode général. » Les protestants libéraux en refusaient le principe même.


Le texte de 1872

« Au moment où elle reprend la suite de ses Synodes interrompus depuis tant d'années, l'Église réformée de France éprouve, avant toutes choses, le besoin de rendre grâces à Dieu et de témoigner son amour à Jésus-Christ, son divin Chef, qui l'a soutenue et consolée durant le cours de ses épreuves.

Elle déclare, par l'organe de ses représentants, qu'elle reste fidèle aux principes de foi et de liberté sur lesquels elle a été fondée.

Avec ses pères et ses martyrs dans la Confession de la Rochelle, avec toutes les Églises de la Réformation dans leurs divers symboles, elle proclame l'autorité souveraine des Saintes Écritures en matière de foi, et le salut par la foi en Jésus-Christ, fils unique de Dieu, mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification.

Elle conserve donc et elle maintient, à la base de son enseignement, de son culte et de sa discipline, les grands faits chrétiens représentés dans ses sacrements, célébrés dans ses solennités religieuses et exprimés dans ses liturgies, notamment dans la Confession des péchés, dans le Symbole des apôtres et dans la liturgie de la Sainte Cène. »


Sans Synode National depuis le dernier, en 1659 (le 29°), à Loudun, les protestants n’ont pu régler des questions théologiques aussi importantes que l’adhésion des uns et des autres à la confession de foi de la Rochelle (de 1559 !), le statut et l’autorité des Écritures, l’incarnation de Jésus Christ, la référence à l’héritage du Désert, encore tout proche.

Lorsqu’ils pourront enfin se réunir en synode national, en 1872, le fossé aura eu le temps de se creuser entre les différentes approches (sous le régime concordataire et le contrôle de l’Etat, se développera dans certaines paroisses un protestantisme « soft », une religion civile, très intégrée dans la société, le « protestantisme libéral »[2]). Le Synode se terminera par un échec, où l’on prendra la mesure du fossé théologique séparant les deux tendances, devant un texte par ailleurs assez succinct pour être consensuel.

Ce constat de division abouti à la naissance de deux Eglises Réformées, avec, d'un côté, l’Union des Églises Réformées Evangéliques (de tendance « orthodoxe ») et de l'autre l'Union des Églises Réformées (de tendance libérale), Indépendemment des Eglises Réformées locales qui avaient refusé le concordat (les subventions de l’État constituant une sujétion inacceptable), rassemblées dans l’UEELF (créée en 1848), et bien sûr des méthodistes (par Ch. Cook depuis 1819) et des baptistes (par Henri Pyt à partir de 1820).


La déclaration de 1938

Les pourparlers en vue de la restauration de l'unité réformée, entamés dans les années 1930, aboutirent à l'adoption en 1938 de la nouvelle Déclaration de foi élaborée en 1936. Celle-ci permit une réunification de l'ÉRF, demeurée inachevée à cause du préambule liturgique qui limitait, aux dires des opposants qui fondèrent les EREI, le caractère contraignant de la Déclaration.

Le texte de 1936 est toujours en vigueur, pour la reconnaissance et l'installation des ministres, l'ouverture des Synodes, les statuts des Églises locales et l'engagement de leurs membres, etc.


Ce préambule est lu solennellement lors de l’installation et dans les engagements pris par les nouveaux pasteurs, et c’est cela qui constitua la pierre d’achoppement. En contrepartie, il donna satisfaction aux « libéraux », qui acceptèrent de la signer (ce qu’ils avaient refusé en 1872).

La réunification de la famille réformée était donc atteinte. Partiellement toutefois, car :

* la moitié des Eglises « libristes », celles qui avaient refusé le concordat, se maintint dans l’UEELF.

* Le tiers des églises méthodistes se maintint au sein de l’Église Méthodiste de France.

Mais surtout :

* 54 associations cultuelles et 37 pasteurs essentiellement situés dans les Cévennes et dans le Sud-Ouest, qui étaient membres de l’Union des Églises Réformées Évangéliques  fondée en 1872, renoncèrent, pour des raisons doctrinales essentiellement, à faire partie de cette nouvelle institution. Ayant peur de se faire déborder par le courant « libéral », le préambule étant vu comme une concession au vieux libéralisme désireux de relativiser la déclaration de foi et ainsi de l'affaiblir, elles souhaitèrent s’en tenir à la Déclaration de Foi de 1872, qui affirmait de façon claire et non équivoque, « l’autorité souveraine des Saintes Écritures en matière de foi, et le salut par la foi en Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification ».

Ces communautés donnèrent naissance à l’Union Nationale des Églises Réformées Évangéliques Indépendantes (UNEREI).

Comme le constate le pasteur Charles Nicolas « Il faut surtout noter que les EREI ne sont pas le résultat d’une séparation, mais plutôt le résultat d’un refus d’union jugée sans fondement suffisant ! »

Lors du synode national de Bagard, du 13 au 15 mars 2009, l’UNEREI a changé de nom pour s’appeler dorénavant l’« Union Nationale des Églises Protestantes Réformées Évangéliques de France » (UNEPREF).


Le Préambule liturgique de 1938

« … la Déclaration de Foi. Celle-ci vous rappelle, en même temps que les principes permanents de la Réforme, les faits et les vérités sur lesquels est fondée l’Église de Dieu. Vous lui donnerez votre adhésion joyeusement, comme une libre et personnelle affirmation de votre foi. Sans vous attacher à la lettre de ses formules, vous proclamerez le message de salut qu’elles expriment ; ainsi sera maintenue la prédication fidèle de l'Évangile de Jésus-Christ selon le témoignage apostolique et conformément à la tradition de foi et de vie chrétienne que nous avons reçue de nos pères. »


Le texte de 1936

« Au moment où elle confesse sa foi au Dieu Souverain et au Christ Sauveur,

L’Église réformée de France éprouve avant toutes choses le besoin de faire monter vers le Père des miséricordes le cri de sa reconnaissance et de son adoration.

Fidèle aux principes de foi et de liberté sur lesquels elle est fondée,

Dans la communion de l’Église universelle, elle affirme la perpétuité de la foi chrétienne, à travers ses expressions successives, dans le Symbole des Apôtres, les Symboles œcuméniques et les confessions de foi de la Réforme, notamment la Confession de La Rochelle; elle en trouve la source dans la révélation centrale de l’Évangile : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.

Avec ses Pères et ses Martyrs, avec toutes les Églises issues de la Réforme,

Elle affirme l’autorité souveraine des Saintes Écritures, telle que la fonde le témoignage intérieur du Saint-Esprit, et reconnaît en elles la règle de la foi et de la vie ;

Elle proclame, devant la déchéance de l’homme, le salut par grâce, par le moyen de la foi en Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, qui a été livré pour nos offenses et qui est ressuscité pour notre justification.

Elle met à la base de son enseignement et de son culte les grands faits chrétiens affirmés dans l’Évangile, représentés dans ses sacrements, célébrés dans ses solennités religieuses et exprimés dans sa liturgie.

Pour obéir à sa divine vocation, elle annonce au monde pécheur l’Évangile de la repentance et du pardon, de la nouvelle naissance, de la sainteté et de la vie éternelle.

Sous l’action du Saint-Esprit, elle montre sa foi par ses œuvres ; elle travaille dans la prière au réveil des âmes, à la manifestation de l’unité du Corps de Christ et à la paix entre les hommes. Par l’évangélisation, par l’œuvre missionnaire, par la lutte contre les fléaux sociaux, elle prépare les chemins du Seigneur jusqu’à ce que viennent, par le triomphe de son Chef, le Royaume de Dieu et sa justice.

À Celui qui peut,

Par la puissance qui agit en nous,

Faire infiniment au-delà de ce que nous demandons et pensons,

À Lui soit la gloire

Dans l’Église et en Jésus-Christ,

De génération en génération, aux siècles des siècles !

Amen. »


Pour conclure (provisoirement) :

La déclaration de 1938, toujours d’actualité, a essayé d’éviter les écueils de 1872 : elle fait le lien avec les fondamentaux de la Réforme : le rappel de la confession de La Rochelle, le salut par grâce, ( la référence à Jean 3/16), la repentance et le pardon (pas de grâce sans repentance), le réveil des âmes, qui montre qu'en 1938 se faisaient encore sentir les effets des Réveils du 19° et des années 20/30 (la Brigade de J. Cadier), la nécessité de l’engagement, et elle se termine par un texte de louange (une doxologie).

Le préambule, concession claire aux libéraux, avait été ajouté dans un esprit de respect du pluralisme, censé maintenir l'unité de la famille, objectif qui fut finalement partiellement loupé, avec la création des EREI qui créent en 1939, la Faculté de Théologie d'Aix en Provence, "une faculté Réformée et Évangélique"...


[1] Pasteur de l’EPUDF à Saint-Dié (Haute marne)-2016.

[2] Voici ce qu’en dit André ENCREVÉ : "à partir des années 1850, s'est développé un courant, dit « libéral », qui soutient que l'appartenance au protestantisme ne se marque pas par l'acceptation d'un certain nombre de croyances, que l'on peut énumérer dans une confession de foi, mais dans une méthode d'analyse du texte biblique, le libre examen des Écritures. Pour les tenants de ce courant, toute personne qui accepte cette méthode peut être regardée comme protestante, quelles que soient par ailleurs ses opinions doctrinales. Certes, la plupart des libéraux restent des modérés, atténuant les affirmations doctrinales traditionnelles plus qu'ils ne les contestent. Mais certains — les extrémistes — rejettent explicitement les croyances traditionnelles, celles du Symbole des Apôtres, par exemple. Et ils choisissent le jour de Noël pour contester la naissance miraculeuse du Christ, ou le dimanche de Pâques pour soutenir que la résurrection du Christ est un mythe ; ce qui ne peut manquer de faire scandale. Dans l'autre camp, les « orthodoxes », comme on les appelle parfois, ou les « évangéliques » comme ils se nomment eux-mêmes, affirment l'importance de la doctrine. Ils soutiennent que, selon la tradition de la Réforme du XVIe siècle, on peut parfaitement demander à tout protestant d'adhérer à une Confession de foi, assez précise pour que ceux qui nient ouvertement les doctrines traditionnelles du christianisme ne puissent pas se réclamer de l'Église Réformée de France." In Revue d'histoire de l'Église de France,  1998 , n° 212,  pp. 71-96