Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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Dimanche 31 juillet 2016

Culte à Trescléoux (05700) + Baptême de Manon

Lectures du Jour :

Eccl.1, 1-11

LUC 12, 13-21,

Colossiens 3, 1-11


Mais où sont passées vos convictions ?


Frères et sœurs, chers amis,


Les 3 textes que nous venons de lire, font partie d’une liste de lectures quotidiennes communes à tous les chrétiens, permettant de lire la Bible en 6 ans pour l’AT et en 3 ans pour le NT.


Notre première lecture se trouve dans l’ecclésiaste (le prédicateur), que la tradition identifie à Salomon, soit 11 siècles avant JC.

Voici un livre qui dérange et qui interroge, même en dehors des lecteurs de la Bible, par ses aphorismes célèbres : vanité des vanités, tout est vanité et poursuite du vent, rien de nouveau sous le soleil, etc… !

Au 1er abord, ce livre peut être lu comme le recueil de sentences d'un vieil homme sceptique et désabusé.

Ce serait une erreur car l’ecclésiaste soumet ses contemporains à une analyse aigüe de tous les ressorts, tous les moteurs qui les font agir, dans une course effrénée : Argent, Travail, Puissance, Confort, comme s’ils cherchaient à s’enivrer dans cette fuite en avant pour oublier leur finitude, oublier qu’un jour ils seront confrontés à ce qu’ils appellent l'Au-delà, la seule situation qu’ils ne peuvent maîtriser.

Et l’ecclésiaste pourfend ce comportement, met en pièces cette façon d’agir, cette manière d’être, et il. a raison de dire rien de nouveau sous le soleil, car si les innovations sont nombreuses en son temps : le passage de l’âge du bronze à l’âge du fer, c’est une révolution qui vaut bien la révolution numérique, comme le dit Jacques ELLUL  : l’homme peut faire plus, Il n’est pas plus. Sa vie n’est pas autre. L’homme ne change pas.

Si l’ecclésiaste semble laisser entrer le scepticisme dans notre Bible, c’est pour nous bousculer dans nos assemblées et nous aider à réfléchir aux fausses certitudes que nous construisons. Ce livre questionne l'humanité sur la place qu’elle réserve à son Créateur.

Mais l’ecclésiaste nous dit aussi ce matin : L’homme vaut plus que les valeurs auxquelles obstinément il s'aliène.


Riche et insensé

11 siècles plus tard, Jésus dit exactement la même chose à l’homme qui revendiquait un héritage, dans cette parabole dite du riche insensé.

Vous ne trouverez nulle part dans cette Bible une condamnation de la richesse en tant que telle. Jésus ne reproche pas à son personnage d’être riche, mais d’être insensé, c’est à dire d’avoir perdu le sens.

L’homme de la parabole était certainement un gestionnaire avisé, prudent, sachant qu’il faut toujours avoir une réserve pour pallier à une année de mauvaises récoltes, surtout si l’on a des animaux. Mais à force de constitution de réserves, d’accumulation de biens, qui étaient un moyen de préserver son entreprise, sa famille, le moyen est devenu une fin. Voilà où se trouve la perte de sens.

Il est souvent question d’héritage dans les Évangiles. Vous allez me dire que l’on n’a pas tous hérité d’un patrimoine immobilier ou de pétrodollars. Mais nous avons tous reçu le même héritage : notre propre vie, car celle-ci nous a été donnée : comment allons-nous faire fructifier cet héritage : à travers ce récit, Jésus nous interroge sur la valeur et sur le sens que nous donnons à notre vie et sur l’usage que nous en faisons. Quel but, quel sens, pour quoi tant d’efforts ? Que recherchons-nous ?


Qu’avez-vous fait de votre baptême ?

Et puis vient cette lettre de Paul aux habitants de Colosses[1], une vingtaine d’années après la crucifixion et la résurrection de Jésus Christ.

Cette lettre peut paraître très moralisatrice : ce n’est pas bien de faire ceci, c’est mal de faire cela, avec l’emploi du mot péché, sur lequel il y a une grave confusion, entretenue depuis quelques siècles : le péché n’est pas une faute morale, on dit d’ailleurs le péché et non pas les péchés. Le péché c’est tout ce qui, jour après jour, nous éloigne de Dieu et de l’enseignement de Jésus Christ. A chacun de faire sa liste. (Vous voyez bien que nous sommes tous pécheurs !)

Donc pour en revenir à notre texte, Paul n’est pas du tout un moralisateur, un censeur. Il faut se remettre dans le contexte de cette lettre :

Paul s’adresse à des chrétiens et ça, c’est une nouveauté. Jusque-là, l’Ecclésiaste, Jésus, s’adressaient à des juifs. Et puis il y a eu cet évènement qui a bouleversé l’Humanité : Jésus crucifié par les hommes, mais ce n’était pas la fin de l’Histoire, car la fin de l’histoire est sa résurrection, dans laquelle Dieu, cette transcendance créatrice a montré sa puissance, mais aussi son amour pour l’Humanité, ouvrant ainsi la voie d’une réconciliation avec elle, à tous ceux qui croient en cet évènement : Celui qui croit en moi, il a la vie éternelle, dit Jésus, voici l’autre héritage : le retour, après notre mort biologique, vers l’Eternité. Pour les chrétiens, l’au-delà n’existe pas, puisqu’il est déjà là ! ;

Et Paul s’adresse à ces Colossiens, parmi les premiers chrétiens qui non seulement croient en ce Jésus de Nazareth mais l’ont affirmé publiquement lorsqu’ils ont demandé le baptême, car par définition, les premiers baptêmes ne pouvaient être que des baptêmes d’adultes.

Et Paul leur dit : vous avez demandé le baptême, qui vous affiche publiquement[2] comme « chrétiens », au risque de vous mettre au ban de la société vis à vis des juifs et des romains, vous avez eu ce courage, et pourtant vous continuez de vous comporter comme vos contemporains. D’où la liste que je vous ai lue.

Et il leur dit mais où sont passées vos convictions, où est passé l’engagement de votre baptême ?

Et aujourd’hui Paul s’adresse à nos églises, à nos communautés, à chacun de nous, devenus si frileux dans l’affirmation publique de nos convictions, curieusement silencieux dans les débats de notre société, nos églises qui à force de ne pas vouloir se couper de leurs contemporains suivent le courant dominant, comme si elles avaient peur d’affirmer leur différence, peur d’être marginalisées, ce quine les empêche pas de se vider, dimanche après dimanche.

Une conviction, c’est une idée ancrée au plus profond de nous, que personne ne peut nous arracher. Une conviction, ce n‘est ni une opinion, ni un point de vue.

Non, une conviction, notre conviction c’est : je crois en Dieu, je crois en Jésus Christ. Et ce qui change tout, c’est ce en, comme on dit à son enfant qui va passer un examen, ou qui vous expose un projet professionnel, vas-y, je crois en toi, j’ai confiance en toi, j’espère en toi.

Et cette conviction, c’est un héritage que nous souhaitions léguer à nos enfants dans l’espoir qu’à leur tour, ils le fassent fructifier.

Une conviction cela ne se transmet pas, car elle est le résultat d’un itinéraire, d’un cheminement, d’une expérience personnels.

Mais on peut simplement s’engager à éveiller nos enfants à la foi, à réunir autour d’eux les conditions pour qu’ils découvrent à leur tour le sens de leur vie en compagnie de Jésus Christ.

C’est ce qui nous réunit ce matin : Elise et William veulent s’engager sur ce chemin, qui ne sera pas une autoroute, dans le contexte actuel d’une laïcité militante. Mais l’important est toujours le premier pas, et ce premier pas, ici ce matin c’est d’abord de reconnaître que l’enfant que nous présentons au baptême[3], n’est pas un enfant que l’on a fait, mais un enfant que l’on reçoit, un cadeau, un don de Notre seigneur.


Le Baptême

Demander le baptême pour son enfant, cela n’apporte rien, il n’y a rien à gagner car tout est déjà donné, nous ne sommes pas dans une logique de rétribution, avec Jésus Christ on ne marchande pas, lui n’a rien marchandé, sur la croix.

Le baptême n’est ni un examen d’entrée, ni un bulletin de sortie, c’est un signe, que des parents veulent affirmer publiquement devant une assemblée réunie :

* Signe qu’ils souhaitent placer leur enfant au bénéfice de l'amour de Dieu, dans une relation quotidienne avec Jésus-Christ.

* Signe de l’ouverture d’un chemin vers la foi qui se concrétisera plus tard par un engagement personnel

* Signe de leur volonté d'élever leur enfant selon un idéal de vie, des valeurs qu’ils veulent lui faire partager. Ils le diront eux-mêmes avec leurs propres mots tout à l’heure.


On ne demande pas le baptême de notre enfant POUR obtenir quelque chose qui dépendrait de nous, après avoir demandé que dois-je faire ?, mais PARCE QUE nous avons déjà reçu le pardon de notre péché et que nous devons, par reconnaissance, nous mettre en route.

Enfin, il faut rappeler qu’il n’y a pas un baptême protestant, catholique, orthodoxe, mais un seul baptême, au nom du Père du Fils et du saint Esprit :

* le Père créateur de l’Univers, soucieux de l’avenir de sa création à laquelle notre Humanité est totalement intégrée,

* le Fils sauveur de l’humanité par son itinéraire terrestre, jusqu’à sa mort et sa résurrection, signe que nous aussi nous ressusciterons

* L’Esprit, ce souffle divin qui nous ramène à Pentecôte, cette puissance invisible, insaisissable, mais néanmoins présente comme ici ce matin,


Se laisser guider par L’Esprit, c’est ne plus être dans l’affirmation de soi, mais accepter d’être décentré de soi, disponible, renouvelé, déjà vivant pour l’Eternité, délivré du souci de justifier le bilan de notre propre vie, plus besoin de nous mentir à nous-même, plus d’angoisse devant la mort.


Car : (proclamation à haute voix par l’Assemblée, de Jean 3/16 dont le commencement est écrit sur le mur du temple, entourant la chaire : Car Dieu a tellement aimé le monde…)


Amen !


François PUJOL


[1] Située dans l’actuelle Turquie (ville de Honaz, en Anatolie), Colosses fut détruite par un tremblement de terre à la fin du 1er siècle.

[2] C’étaient des baptêmes collectifs, au bord d’une rivière, donc assez visibles et spectaculaires.

[3] On a du mal à s’imaginer aujourd’hui, que la question du baptême des enfants fut à l’origine de massacres inouïs, dans le cadre d’une guerre qui fit 100.000 morts, « la guerre des paysans », qui opposa Luther, (qui s’était rallié aux princes allemands, ses protecteurs contre Charles Quint), à 300.000 paysans dont l’anabaptiste Thomas Müntzer prendra la tête. Pourchassés et impitoyablement persécutés, les survivants durent fuir, jusqu’aux Amériques, où ils fondèrent les communautés Amish encore bien présentes aujourd’hui, dans 31 états des USA.