Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

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DIMANCHE 18 AVRIL 2010 
Culte à Trescléoux (05700)

Lectures du Jour :

Actes 5, 27-42

Jean 21, 1-19

Apoc. 5, 11-14



Obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes 


Frères et sœurs, en lisant ce passage des Actes, je repensais à cette prière que nous disons si souvent : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », parfois sans trop penser à ce que peut impliquer pour nous une telle requête, et puis dans ce passage, Pierre dit à ses juges : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ».


Et il ajoute : « Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus Christ, nous sommes témoins de ces choses ».

Pierre, ce n’était pas un intellectuel, alors sa théologie est toute simple : « Nous avons une certitude, nous devons en témoigner », et elle me plait.

C’est clair, c’est simple à comprendre, et les membres du Sanhédrin (Le Sanhédrin, assemblée de 71 anciens, interprétait la Loi juive, le Sanhédrin est aussi le tribunal suprême habilité à reconnaître officiellement le Messie, à travers un prophète) le savaient très bien au vu des nombreuses conversions se produisant dans Jérusalem même. Les premiers chrétiens sont d’abord des juifs, avant que Paul ne diffuse l’Evangile dans tout le bassin méditerranéen (ses lettres ont le nom d’autant de villes où il a prêché).

C’est pourquoi, nous dit le texte, « ils étaient furieux et avaient résolu de les faire mourir ».

Alors ce serait bien cela : la proclamation de l’Evangile ne pourrait qu’aboutir à des conflits avec les autorités : l’accomplissement de la volonté de Dieu, sur la terre comme au ciel, l’obéissance à Dieu plutôt qu’aux hommes n’aboutirait qu’à ce que Jésus avait annoncé « Aucun homme ne peut servir deux maîtres : car toujours il haïra l'un et aimera l'autre. On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon. (Matthieu 6:24). »

Ce qui ne peut mener qu’aux persécutions qui étaient déjà en germe dans ce procès : il faut faire taire ces gens car ils sont incontrôlables, ils sont libres, ils ne demandent rien, et ils sont tellement incontrôlables que 20 siècles de persécutions ici et là n’ont pu venir à bout ni de l’Evangile, ni de l’Eglise.

Mais, dans notre pays, aujourd’hui, qui nous interdit de croire que Jésus est le Christ, le Seigneur, et de le dire ? Personne. On a même des chaînes de radio pour le proclamer !

Chez nous, il y a longtemps que proclamer sa foi chrétienne ne mène plus devant les tribunaux. Mais alors, c’est formidable, si l’Evangile a prospéré comme il l’a fait malgré les persécutions, maintenant que sa proclamation est libre, il va se multiplier à la puissance 10 !! Alléluia !!

Eh bien non, çà ne marche pas comme çà. On pourrait même en conclure, hâtivement je pense, que nous serions condamnés à un paradoxe cruel :

- Les Eglises seraient actives et ferventes, croîtraient et prospèreraient, surtout lorsqu’elles sont persécutées

- Et en revanche, elles s’assoupiraient se réduiraient en peau de chagrin lorsque la proclamation de l’Evangile est libérée.

Vous pourriez m’avancer des arguments contraires, par exemple aux Etats Unis, où liberté totale de culte va de concert avec la multiplication des mégas Church. Là bas les cultes ne sont pas désertés et les jeunes sont très présents. Mais les USA ne sont pas une société sécularisée : Le président prête serment sur la Bible, reçoit la bénédiction de deux pasteurs, et les séances du sénat américain commencent toujours par une prière. Ne rêvons pas trop…

Chez nous, aucune volonté explicite ne s'oppose à la foi chrétienne et aux attitudes qui en découlent. Non, c’est une pression diffuse et continue, un environnement qui influent insensiblement sur nos façons de penser, sur nos modes de vie. Elle ne vient de personne en particulier, et elle vient de tout le monde.

Dans une société, singulièrement en France, où les préoccupations spirituelles sont totalement marginalisés, occultées, réduites à ce que l’on appelle «  la sphère privée », peut-être que nous aussi, nous nous sommes laïcisés à notre insu. Du coup on n'ose plus trop ou on a de moins en moins l’occasion de manifester des convictions différentes de celles qui dominent partout.

Peut-être même, à cause de ce que tout le monde pense et fait, on ne voit plus très bien que certaines de nos propres idées ou façons de faire ne sont plus dans le droit fil de l'Evangile. Les réflexes courants des hommes d'aujourd'hui poussent de côté tout ce qui ressemble à une vraie confiance en Dieu et au respect du prochain, à l'esprit de gratuité, à la liberté de jugement, qui vont avec. Fonder sa vie sur la Parole de Dieu, dire qu’on le prie, finit par paraître tout à fait incongru aussi bien que d'être fidèle à son conjoint, ne pas trafiquer sa déclaration d’impôt ou refuser le travail au noir.

Et doucement, englués de toutes parts dans cet environnement, l’énergie s’épuise, on perd sa vigilance et la foi devient passive, s'assoupit.

Alors quand Pierre proclame devant ses juges : "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes", çà nous réveille !!

Pierre nous invite à réagir, à témoigner, dans cette théologie toute simple « Le Dieu de nos pères a ressuscité Jésus Christ, nous avons cette certitude chevillée au plus profond de nous et nous devons en témoigner ».

"Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes". Pierre savait très bien qu'en disant cela, il choisissait une vérité rejetée par ses juges et creusait encore un peu plus le conflit avec eux, pouvant entrevoir l’issue la plus probable.

Du coup, les mots "obéir à Dieu" prennent leur plein sens. Ils n'appellent pas à une obéissance soumise à un ordre divin ; au contraire, ils affirment une liberté : "J'obéis à Dieu plutôt qu'aux hommes, parce que je suis libre donc imprévisible", "Je suis dans le monde mais je ne suis pas du monde, je suis donc libre de n'être pas une copie conforme des autres, libre de dire et de faire ce qui est guidé par la volonté de Dieu et de contredire ce qui va dans un autre sens. Et l'on ne peut pas m'en empêcher".


C’est ainsi que 16 pasteurs et membres de l’ERF ont rédigé les thèses de Pomeyrol en Juin 1941, affirmant choisir Dieu plutôt que Vichy, c’est à dire Dieu contre Vichy.


Aujourd’hui, il n’y a pas de conflit mais la pression est forte pour faire entrer les croyants, comme tout le monde dans le moule commun. Et de fait, la force de la Parole des Eglises s’émousse, elles peinent à faire entendre et comprendre leur différence, à se démarquer de la pensée dominante, le sel a perdu sa saveur.

Cela explique sans doute que de nombreuses Eglises en Europe occidentale voient diminuer leurs effectifs, fuir leur jeunesse comme si l'idéologie de la performance, du moi d’abord, l’absence de réflexion sur le sens de la vie, sur la façon dont fonctionne le monde, étouffaient la possibilité de vivre selon l'Esprit du Christ.

De sorte que les gens accrochés à Jésus-Christ deviennent un petit nombre parmi la foule, le petit troupeau, vous connaissez ce verset de Luc (12/22) « Sois sans crainte, petit troupeau", "Il ne reste qu’une souche. Mais la souche est une semence sainte" disait Esaïe (6,13), et plus loin Le plus petit deviendra un millier; le plus chétif une nation comptant des myriades.

Oui il y a des promesses pour les petits troupeaux, mais attention à ce que le petit troupeau ne sombre pas dans l’auto proclamation d’être les seuls purs, les seuls sauvés, s’enfermant dans des murs de certitudes mortifères.

Un petit troupeau, soit, des chrétiens isolés peut-être, mais pas inquiets ; des gens ordinaires mais "pas tout à fait comme tout le monde", des gens différents dont la différence ne les enferme pas mais les tourne vers les autres, pour les servir, gratuitement, sans calcul, une différence qui fait surgir par eux des vérités non conformes, dérangeantes, des gestes libres...

Et c’est là qu’il nous faut revenir à notre texte et à l’intervention d’un rabbin, Gamaliel (qui fut le professeur de Paul), un peu prophète. Que dit-il aux membres du Sanhédrin ?

« Si cette œuvre vient des hommes, elle se détruira d’elle-même, mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire. Ne courez pas le risque d'avoir combattu contre Dieu. »

Alors une question me traverse l’esprit : Il y a un mois, tous les conseillers presbytéraux de la Région Paca étaient réunis à Sanary sur le thème « L’Eglise, une entreprise comme les autres ? »

Et l’on a cette menace de Gamaliel, terrible dans le contexte actuel : Et si effectivement notre Eglise, notre ERF était devenue une organisation, une association comme les autres ?

Mais si à travers son Eglise, c’est Dieu lui-même qui est à l’œuvre, si grâce à l’Esprit Saint que Jésus nous a donné à Pentecôte et que nous avons reçu lors de notre baptême ou notre confirmation, et que nous recevons de nouveau chaque fois que nous partageons le pain et le vin, si nous allons vers les nations, vers notre prochain au lieu de rester entre nous, proclamant que seul Jésus, le ressuscité, peut sauver les hommes d’eux-mêmes et l’humanité du mauvais pas dans lequel elle est engagée, si nos prières sont de véritables prières d’intercession, alors, je veux croire en la prophétie de Gamaliel.

Et Dieu saura bien, au moment qu’il aura choisi, trouver des serviteurs qui sauront nous réveiller, réveiller son Eglise, comme il le fit dans un passé pas si ancien avec les Neff, Vernier, Cook, Cadier et tant d’autres.

Des serviteurs qui ont pris pour eux ce dernier verset de notre lecture de Jean 21 : « quand tu étais plus jeune, tu t’habillais toi-même, et tu allais où tu voulais; mais quand tu seras avancé en âge, un autre te mènera sur des chemins où tu ne voudrais pas aller. »

Que le Seigneur nous montre l’entrée de ces chemins inconnus et que nous sachions prendre sa main pour les emprunter avec confiance,


Amen !


François Pujol.