Prédications Protestantes dans les Alpes du Sud

Cliquez ici pour modifier le sous-titre

DIMANCHE 27 juillet 2014

 

Culte à Orpierre-05700

 

Lectures du Jour :

1 Rois 3,5-12

Matthieu 13, 44-52

Romains 8, 28-30


 

Demande ! Que puis-je te donner ?

 

Salomon

Le chapitre 3 de 1 Rois nous présente le roi Salomon sous deux faces différentes. D’abord, l’homme d’état, qui n’hésite pas à éliminer ceux qui lui portent ombrage et qui, fasciné par les fastes de l’Égypte, s’allie au Pharaon en épousant sa fille. Cette femme et les nombreuses autres étrangères que Salomon épousera mettront autant d’ombre que d’éclat dans sa vie et l’entraîneront à adorer leurs dieux, sur les hauts lieux du pays, dont le site de Gabaon[1] où se situe notre lecture.

Puis, dans notre lecture de ce matin, il y a le Salomon qui fait l’expérience de la bonté de Dieu et reste à jamais marqué par ce songe qui inaugure une profonde relation personnelle de Salomon avec son Dieu. Devant Lui, il n’est plus l’homme qui en impose, et qui offre mille taureaux en sacrifice, mais celui qui confesse sa pauvreté et sa faiblesse. C’est ce Salomon-là, humble et dépendant de la grâce divine, que Dieu bénira.

La prière

« Demande ! Que puis-je te donner ? », dit Dieu à Salomon.

Question simple, mais réponse compliquée. Question piège peut-être, comme un test, dont Salomon va se sortir honorablement et d’une façon qui nous interpelle : Sa prière est agréable à Dieu non pas grâce ou à cause de ce qu’il a demandé, mais par ce qu’il n’a pas demandé : « puisque tu ne demandes pour toi ni une longue vie, ni les richesses, ni la mort de tes ennemis… »

Mais alors, quoi demander ? Jésus ne dit-il pas « Demandez, et l'on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l'on vous ouvrira » ? (Matt.7/7)

Ainsi, la prière semble associée de façon systématique à l’idée de demande, ce que nous faisons dans notre liturgie, avec la prière d’intercession, mais du coup pourrait s’installer un calcul sordide de ce qui est exauçable ou non, se constituer un catalogue de ce que l’on peut demander pour être exaucé, faire en quelque sorte le tri, préparer le travail pour Dieu. Ce serait désastreux que la prière devienne cela, car, sans tous ces calculs pour être exaucé, qu’a demandé Salomon ? Un cœur sage et intelligent, finalement bien peu par rapport à tout ce qu’il aurait pu demander.

Alors se profile l’idée que dans la prière, le plus important n’est pas ce que l’on demande, mais la prière elle-même. Creusons un peu cette idée :

La question adressée par Dieu à Salomon l’est dans un songe, la nuit, en un temps de repos, de disponibilité, en un lieu intime, loin des agitations du monde.

Et cela me fait penser à l’exhortation de Jésus : « Mais toi, quand tu pries, entre dans ta chambre, et ayant fermé ta porte, prie ton Père qui demeure dans le secret; et ton Père qui voit dans le secret, te récompensera ». (Matt.6/6)

Notre prière n’est pas un rêve et pourtant nous sommes proches de ce qu’a vécu Salomon,

- Car la prière est bien un temps d’abandon, de repos, de nuit, de relâchement, où nous nous présentons à Dieu dans notre pauvreté, notre impuissance, notre faiblesse,

La prière, ce n’est pas d’abord une demande, mais une rencontre avec Dieu, et cette rencontre, nous ne pouvons pas la faire n’importe où, car si Dieu est partout, s’il est le même partout, nous, nous ne sommes pas les mêmes partout et nous avons besoin de lieux particuliers pour cette rencontre, notre chambre, le soir, ce temple ce matin.

Si Dieu, dans sa fidélité est déjà là, partout où nous sommes, la prière est le temps où cette rencontre devient possible, où Dieu nous parle, où sa voix, inaudible dans notre quotidien, sa voix se fait enfin entendre, où nous pouvons lui dire, comme le jeune Samuel « Parle Seigneur, ton serviteur écoute » (1 Sam. 3/10)

Qu’y a-t-il de plus intense qu’une prière où l’on ne dit rien, et n’est-ce pas la condition pour que s’instaure le dialogue que Dieu attend, un dialogue ou peu à peu est mis à jour ce qui nous tient vraiment à cœur, un dialogue qui nous interroge sur nous-mêmes et nos désirs les plus profonds, un dialogue qui va nous conduire à discerner les chemins sur lesquels Dieu veut nous embarquer, un dialogue au bout duquel Salomon demande à Dieu de lui donner un cœur sage et intelligent, non pour lui-même mais pour conduire son peuple dans la paix, et discerner le bien du mal (v.9)

« La sagesse c’est craindre Dieu, l’intelligence c’est s’éloigner du mal », lit-on en Prov.9.

Cette demande de Salomon englobe toutes les autres, voilà ce que Dieu veut nous faire comprendre, en nous disant « Demande ! »

Et voilà pourquoi Paul peut dire, en Rom . 8 « Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein ».

 

La prière permet à Dieu de travailler en nous, de nous conduire à une introspection qui nous permettra peut-être de  découvrir qui nous sommes vraiment et quelle est notre véritable vocation. La prière devient alors une force de changement.

Mais allons-nous accepter que ces changements possibles bouleversent toute notre vie ? Voilà la vraie question. Par la prière, Dieu nous aidera à assumer la montée en surface du travail qu'il opère en nous.

Et le dessein de Dieu dont Paul parle, c’est ni plus ni moins que son projet de salut pour chacun de nous, à travers Jésus Christ, son fils.

L’exaucement

La réponse de Dieu à la prière ne correspond pas à l'exaucement systématique de nos demandes. Cela ne signifie ni que Dieu est sourd, ni que nos prières sont inadéquates, ni que nous sommes de « mauvais chrétiens », car le véritable objet de la prière, c'est la révélation de notre être propre, dans notre nudité face à dieu.

Ce qui plaît à Dieu, ce n'est pas seulement le contenu de la demande de Salomon, mais le fait qu'il l'ait formulée. En agissant ainsi, Salomon reconnaît qu'il lui manque quelque chose, il accepte cette situation de dépendance, d'humilité et d'infériorité et sa demande va le conduire à se mettre en mouvement, à enclencher une dynamique, à construire un avenir avec Dieu pour partenaire. N’est-ce pas un beau programme ?

Dans le verset 11, Salomon préfère que la bénédiction se porte sur le peuple plutôt que sur lui-même. Ainsi, il s’est situé d’une manière juste, entre Dieu, lui, son peuple. Il aura considéré les autres, son peuple, comme plus importants que lui, et pour cela Dieu le bénira.

Les paraboles du royaume

C’est ce qu’à sa manière, l’Évangile met aussi en valeur, lorsqu’il multiplie les paraboles de Jésus sur le Royaume : un trésor caché dans un champ, un marchand qui cherche une perle,

Ces 2 paraboles nous montrent combien Dieu nous est proche[2]. Prenez garde, dit Jésus. Ne cherchez pas les traces du Royaume de Dieu ailleurs que dans votre vie. Elles sont cachées dans le champ de votre vie. Nous nous épuisons, inquiets pour notre prospérité, notre sécurité, notre succès, etc.… Mais il se pourrait que nous restions aveugles pour les trésors cachés de Dieu dans notre vie. Il se pourrait que le Royaume de Dieu nous reste caché, parce que nous restons inattentifs par rapport à ce qui pourtant nous est si proche. « Cherchez premièrement le Royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus ». Trop beau pour être vrai ?

Car c'est bien ici un autre message des paraboles de Jésus : le Royaume de Dieu nous est donné comme un cadeau ! Il est tout proche de nous. Caché, il est vrai, mais très proche. C'est pourquoi regardons bien : il est caché là où, justement, nous ne l'aurions pas cherché : dans le champ de notre vie. Dans ce champ jonché de tous nos soucis et nos peurs, nos blessures et nos péchés.

Les paraboles de Jésus parlent de bonheur et nous font pressentir la joie immense qui fait irruption dans une vie lorsqu'elle a trouvé ce trésor qui peut, à lui seul, remplir nos vies désespérément vides et donner la joie qui panse toutes les blessures et illumine toutes les noirceurs antérieures.

Ainsi, les 2 paraboles nous appellent à une vie attentive. Et elles y attachent une promesse : fais attention à tes chemins, il se pourrait que tu y découvres les traces du Royaume de Dieu ! Prends garde à ton quotidien, il se pourrait qu'il cache la proximité d'une grâce inattendue, d'un immense bonheur.

Soyons donc attentifs aux signes du Royaume de Dieu dans notre vie quotidienne.

Pour les uns, le trésor caché sera une rencontre, pour les autres ce sera le silence devant Dieu, pour d'autres encore le temps qu'ils donneront à des solitaires qui n'ont plus personne. Mais soyons certains que celui qui cherche, trouvera.

Finalement, la question initiale : « Demande ! Que puis-je te donner ? » nous renvoie à une autre question : qu’est-ce qui est précieux à nos yeux, qu’est-ce qui, dans notre prière, traduira que notre bien le plus précieux est le don que Dieu nous a fait par son amour, en Jésus Christ, et que, croyant cela, nous sommes déjà avec Lui dans la vie éternelle.

Par Jésus Christ, toutes choses nous sont déjà données, tout ce que Salomon n’a pas demandé, nous l’avons déjà :

La richesse est celle du Royaume de Dieu, cette perle de grand prix. La gloire est celle de Dieu, notre père, qui rejaillit sur nous. La longue vie est notre entrée présente dans la vie éternelle, et le Christ obtient même ce qui n'a pas été accordé à Salomon : la mort de l'Ennemi, acquise définitivement par sa Résurrection.

Et comme pour Salomon, il nous sera donné même ce que nous n’avons pas demandé.


Amen !


François PUJOL



[1] Colline en territoire palestinien, à 8 kms au Nord de Jérusalem

[2] Voir l’injonction de Jean-Baptiste : « Repentez-vous, car le royaume des cieux s’est approché de vous » (Matt.3/2)